Chaudronnerie & Mécano-soudure

Soudage TIG vs MIG/MAG en chaudronnerie : quel procédé choisir ?

Guide complet pour arbitrer entre soudage TIG et MIG/MAG en chaudronnerie industrielle : matériaux, épaisseurs, coûts, normes EN 1090 et ISO 3834.

Mis à jour le 20 juillet 20261 882 mots
Arthur Freschel
Ingénieur Projet, TechniSourcing
20 juillet 20269 min de lecture
TL;DR - Le TIG offre le meilleur rendu esthétique et la meilleure qualité métallurgique, mais reste 3 à 5 fois plus lent que le MIG/MAG. - Le MIG/MAG délivre une productivité industrielle imbattable sur des épaisseurs > 3 mm en acier carbone, mais demande un vrai contrôle qualité pour éviter les défauts internes. - Le choix ne dépend pas du matériau seul : épaisseur, position, cadence, exigences CND et normes applicables pèsent autant. - Sur pièces sous pression ou EN 1090 EXC3/EXC4, le TIG s'impose souvent pour la passe de fond, le MAG pour le remplissage. - Un donneur d'ordres ne doit jamais imposer un procédé sans dialogue avec le sous-traitant : c'est le DMOS qualifié qui fait foi.

01. Deux procédés, deux philosophies industrielles

Le TIG (Tungsten Inert Gas, EN ISO 4063 procédé 141) et le MIG/MAG (procédés 131 et 135) sont les deux piliers du soudage à l'arc en chaudronnerie européenne. Ils partagent un même principe — un arc électrique fond le métal sous protection gazeuse — mais leur logique industrielle est radicalement différente.

Le TIG utilise une électrode réfractaire en tungstène qui ne se consomme pas. Le métal d'apport est amené manuellement (baguette) ou mécaniquement (fil froid). L'opérateur pilote finement l'énergie, la vitesse et le bain de fusion. Résultat : un cordon régulier, sans projection, avec une zone affectée thermiquement (ZAT) réduite.

Le MIG/MAG, à l'inverse, utilise un fil-électrode fusible dévidé en continu. Le fil sert à la fois d'électrode et de métal d'apport. La productivité est très supérieure — jusqu'à 5 kg de métal déposé par heure contre 0,5 à 1 kg en TIG — mais l'énergie déposée est plus élevée, la ZAT plus large et la maîtrise du bain plus complexe.

En pratique, un atelier de mécano-soudure sérieux dispose des deux et bascule selon la pièce. C'est ce que nous détaillons dans notre approche méthodologique de la mécano-soudure industrielle.

02. TIG : quand la qualité prime sur la vitesse

Le TIG excelle dans quatre configurations précises :

  • Inox et alliages sensibles : austénitiques 304L/316L, duplex, super-duplex, titane, aluminium fin. La faible énergie linéique limite la précipitation carbures et préserve la résistance à la corrosion.
  • Faibles épaisseurs : tôles < 3 mm, tubes fins, viroles de faible diamètre. Le MIG/MAG y provoque perforations et déformations.
  • Passes de fond sur pièces critiques : cuves sous pression, tuyauteries process, équipements agroalimentaires ou pharmaceutiques. Le TIG offre une pénétration contrôlée et un envers propre, sans oxydation si l'on gaze l'intérieur.
  • Soudures apparentes : structures visibles, équipements de laboratoire, cuves inox polies miroir.

Le prix à payer est une cadence lente. Un soudeur TIG qualifié dépose typiquement 0,5 à 1,5 kg/h. Sur une cuve inox de 4000 L en 4 mm, cela représente plusieurs jours de travail contre quelques heures en MIG/MAG. C'est aussi un procédé exigeant en compétence : la certification EN ISO 9606-1 pour un soudeur TIG est plus longue à obtenir et à maintenir.

03. MIG/MAG : le procédé de la productivité

Le MAG (gaz actif, mélange Ar/CO₂) est le standard mondial pour l'acier carbone épais. Le MIG (gaz inerte pur, Ar ou Ar/He) équivaut sur inox et aluminium mais coûte plus cher en gaz.

Les atouts industriels sont directs :

  • Vitesse de dépôt élevée (3 à 5 kg/h en manuel, 8 à 12 kg/h en synergique pulsé).
  • Facilité d'automatisation (robots, tracteurs, orbitaux).
  • Coût horaire plus bas : moins d'heures soudeur, moins de baguettes, un seul consommable (fil).
  • Bonne pénétration sur épaisseurs > 4 mm en acier carbone.

Les limites sont tout aussi claires :

  • Projections qui salissent la pièce et exigent un meulage post-soudage.
  • Risque accru de manque de fusion en position verticale descendante mal maîtrisée.
  • Sensibilité au vent : impraticable en extérieur sans protection.
  • Rendu esthétique inférieur au TIG.

Pour la fabrication de charpentes métalliques ou de skids process, le MAG reste incontournable. C'est notre choix par défaut pour les projets de soudure lourde de précision sur épaisseurs > 8 mm.

04. Tableau comparatif : TIG vs MIG/MAG

CritèreTIG (141)MIG/MAG (131/135)
Vitesse de dépôt0,5 à 1,5 kg/h3 à 12 kg/h
Épaisseurs optimales0,5 à 6 mm3 à 40 mm
Qualité métallurgiqueExcellenteBonne à excellente selon DMOS
Aspect visuelCordon lisse, sans projectionProjections, meulage requis
Coût horaireÉlevéModéré
AutomatisationPossible (orbital)Standard (robot, tracteur)
PositionToutes positions, très finToutes positions, sensible en montante
Matériaux privilégiésInox, titane, alu, cuivreAcier carbone, inox épais
Compétence soudeurTrès élevéeÉlevée
CND compatibleRT, UT, PT — excellentRT, UT, PT — bon, plus de retouches

05. Le vrai critère : l'épaisseur et la position

Au-delà du matériau, deux paramètres décident du procédé :

L'épaisseur. En dessous de 3 mm, le MIG/MAG apporte trop d'énergie : perforation, déformation, ZAT trop large. Au-dessus de 6 mm en acier carbone, le TIG devient économiquement absurde. Entre les deux, l'arbitrage se fait sur la cadence et l'exigence qualité.

La position. En position à plat (PA), tous les procédés fonctionnent. En montante (PF) ou plafond (PE), le TIG garde son avantage sur pièces critiques car le bain se maîtrise mieux. Le MAG en montante descendante existe mais réclame une qualification soudeur spécifique EN ISO 9606-1.

Sur nos affaires de cuves sous pression, le compromis usuel est TIG pour la passe de fond (envers propre, pas d'inclusion) puis MAG pulsé pour le remplissage (productivité, homogénéité). Ce mode combiné apparaît explicitement dans les DMOS EN ISO 15609-1 et représente la solution industrielle optimale.

06. Ce que dit la norme EN 1090 et l'ISO 3834

Un donneur d'ordres qui commande une structure métallique EN 1090 EXC2, EXC3 ou EXC4 ne choisit pas directement le procédé de soudage. Il exige un niveau d'exigence qualité process — l'ISO 3834-2 en pratique — et laisse le sous-traitant démontrer la conformité via ses DMOS qualifiés.

Les points de vigilance côté acheteur :

  • Le sous-traitant doit fournir les WPS/DMOS applicables au projet, qualifiés selon EN ISO 15614-1.
  • Les soudeurs doivent être certifiés EN ISO 9606-1 pour le procédé, la position, le matériau et l'épaisseur concernés.
  • Le plan de contrôle (VT systématique, PT/MT selon EXC, RT/UT en % défini par la norme) valide le résultat, indépendamment du procédé choisi.

Un cahier des charges qui impose « soudure TIG uniquement » sans justification technique est souvent un signal de mauvaise maîtrise du sourcing — nous en parlons dans notre méthodologie qualité.

07. Combien ça coûte vraiment ?

Sur un cordon d'angle de 6 mm en acier S355, position PA, longueur 1 mètre :

  • MAG synergique : environ 8 à 12 minutes soudeur, 0,15 kg de fil, ~4-6 € HT coût direct.
  • TIG fil froid : environ 25 à 35 minutes soudeur, 0,15 kg de baguette, ~15-22 € HT coût direct.

Rapporté à une charpente de 10 tonnes de dépôt, le surcoût TIG dépasse facilement 50 000 €. À l'inverse, sur une cuve pharma inox 316L de 500 kg de dépôt, le TIG représente ~15 000 € en plus mais évite les reprises, les défauts de corrosion et les non-conformités CND — souvent bien plus coûteuses.

08. Les hybrides et procédés avancés

Le paysage évolue vite. Trois procédés méritent d'être connus des donneurs d'ordres :

  • TIG activé (A-TIG) : un flux appliqué avant soudage double la pénétration TIG. Utile sur inox 6-8 mm sans chanfrein.
  • MAG pulsé synergique : contrôle numérique de la courbe courant/tension, projections minimales, quasi-qualité TIG à cadence MAG. Standard sur robots modernes.
  • CMT (Cold Metal Transfer) : variante MIG à très basse énergie pour tôles fines et aluminium, quasi-substitution du TIG sur certaines applications automobiles et ferroviaires.

Ces procédés ne remplacent pas la question fondamentale mais élargissent la zone où le MAG bat le TIG. Un atelier qui n'investit pas dans le MAG pulsé perd en compétitivité.

09. Quatre erreurs classiques côté acheteur

  1. Imposer un procédé au sous-traitant sans discussion. C'est le DMOS qui compte, pas l'étiquette TIG ou MAG.
  2. Confondre esthétique et qualité métallurgique. Un cordon MAG meulé et contrôlé RT peut être irréprochable. Un TIG mal exécuté peut avoir des inclusions.
  3. Négliger la position dans le cahier des charges. Une pièce à souder au plafond a un coût et une exigence de qualification très différents d'une pièce à plat.
  4. Sous-estimer le coût du CND. Sur EN 1090 EXC3, jusqu'à 20 % des soudures peuvent partir en RT ou UT. C'est ce contrôle qui protège vraiment, pas le choix du procédé.

Ces arbitrages font partie de notre méthodologie de sourcing sur chaque affaire complexe.

10. Comment décider en 5 questions

Avant de rédiger votre cahier des charges soudage, répondez à ces cinq questions :

  1. Quel matériau et quelle épaisseur ? Inox fin < 4 mm → TIG. Acier carbone > 6 mm → MAG. Zone grise entre les deux : dialogue avec le sous-traitant.
  2. Pièce sous pression ou porteuse ? Oui → exigences ISO 3834-2 / EN 1090 EXC3 minimum, procédé combiné TIG fond + MAG remplissage souvent optimal.
  3. Cadence et volume ? > 100 kg de dépôt → MAG obligatoire hors contrainte technique.
  4. Contraintes esthétiques ou d'hygiène ? Alimentaire, pharma, cosmétique, laboratoire → TIG et polissage.
  5. Position et accessibilité ? Soudures difficiles d'accès, plafond, tuyauterie orbitale → TIG orbital souvent la seule solution.

Si vous hésitez, contactez-nous : nous cadrons le procédé optimal, le DMOS applicable et l'audit du sous-traitant en amont de la consultation.

FAQ

Le TIG est-il toujours de meilleure qualité que le MIG/MAG ? Non. Un MAG qualifié et contrôlé peut atteindre le même niveau de qualité métallurgique qu'un TIG. La différence porte surtout sur l'aspect visuel, la ZAT et la maîtrise fine du bain sur faibles épaisseurs.

Peut-on souder de l'inox en MAG ? Oui, avec un gaz Ar/CO₂ à faible teneur en CO₂ (typiquement 2 à 3 %) ou en MIG pur (Ar). Le résultat convient à des applications structurelles inox mais reste inférieur au TIG pour les surfaces en contact produit (agroalimentaire, pharma).

Le MAG pulsé remplace-t-il le TIG ? Sur beaucoup d'applications acier carbone et inox structurel, oui. Sur les passes de fond de pièces sous pression, les faibles épaisseurs et les applications pharma/alimentaires, non.

Faut-il exiger le TIG dans un cahier des charges EN 1090 ? Non, sauf raison technique spécifique documentée. Il faut exiger la conformité EN 1090 et ISO 3834-2, les DMOS qualifiés et les certifications soudeurs. Le procédé est un moyen, pas un objectif.

Combien coûte l'écart TIG vs MAG sur un projet type ? Comptez un ratio 3 à 5 sur le temps soudeur pur, et 2 à 3 sur le coût total du poste soudage (main d'œuvre + consommables + gaz + CND). Sur une charpente 20 tonnes, l'écart peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros.

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Article rédigé par Arthur Freschel, Ingénieur projet chez TechniSourcing, spécialiste des procédés de soudage EN ISO 9606-1 et EN 1090.

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Auteurs identifiés

Articles signés par François Huet (CEO) ou Arthur Freschel (Ingénieur projet).

Questions fréquentes

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À propos de l'auteur
Arthur Freschel
Ingénieur Projet, TechniSourcing
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Arthur pilote des projets de sous-traitance industrielle pour des grands comptes (Airbus, Areva, Michelin, Nestlé). Ingénieur de formation, il maîtrise les exigences techniques des cahiers des charges complexes : tolérances, soudage codifié, traitements de surface, contrôles non destructifs et certifications (ISO 3834, EN 1090, Bureau Veritas). Il partage ici les bonnes pratiques terrain pour réussir vos appels d'offres.

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