Qualité & Conformité

ISO 3834 & EN 1090 expliquées aux acheteurs industriels

Comprendre ce que chaque norme garantit, comment les articuler avec votre référentiel produit (DESP, machines, nucléaire) et comment formuler une exigence qualité juste dans votre cahier des charges.

Mis à jour le 24 juin 20262 499 mots
Arthur Freschel
Ingénieur Projet, TechniSourcing
24 juin 202614 min de lecture

TL;DR

  • ISO 3834 certifie le process de soudage d'un industriel : compétences, traçabilité, supervision, QMOS, qualification des soudeurs (EN ISO 9606). Elle ne porte pas sur un produit.
  • EN 1090 certifie le fabricant de structures en acier ou aluminium mises sur le marché européen : c'est une obligation réglementaire CE pour les structures porteuses (charpentes, ouvrages, équipements structurels).
  • En pratique, EN 1090 présuppose ISO 3834 : il n'existe pas d'EN 1090 sans ISO 3834 correspondant à la classe d'exécution (EXC1 → ISO 3834-4, EXC2 → 3834-3, EXC3/EXC4 → 3834-2).
  • Pour un équipement sous pression, ce n'est ni l'une ni l'autre : c'est la DESP 2014/68/UE (catégories I à IV) qui s'applique, avec ISO 3834-2 comme socle qualité soudage.
  • Demander à un sous-traitant "ISO 3834" sans préciser la partie (-2, -3, -4) et sans cadre normatif produit (EN 1090, DESP, ISO 19443) est une erreur d'achat courante qui ne sécurise rien.

Pourquoi cet article

ISO 3834 et EN 1090 sont systématiquement citées dans les cahiers des charges de mécano-soudure et de chaudronnerie. Pourtant, dans 8 consultations sur 10 que nous recevons, ces normes sont exigées sans préciser la partie applicable (ISO 3834-2, -3 ou -4) ni la classe d'exécution EN 1090 (EXC1 à EXC4). Résultat : des offres incomparables, des coûts qualité gonflés inutilement, ou — pire — un fournisseur certifié sur le papier qui ne garantit pas ce que l'acheteur croit acheter.

Cet article explique ce que chaque norme garantit réellement, ce qu'elle ne garantit pas, comment les articuler avec votre besoin produit (structure porteuse, équipement sous pression, machine, sous-ensemble), et comment formuler votre exigence dans un cahier des charges pour que les offres reçues soient comparables et que la qualité livrée corresponde au risque réel de votre application.

Les deux logiques : process vs produit

La confusion vient d'un point clé : ISO 3834 et EN 1090 ne sont pas du même ordre normatif.

ISO 3834 : une norme de process

ISO 3834 ("Exigences de qualité en soudage par fusion des matériaux métalliques") certifie qu'un atelier maîtrise son procédé de soudage : organisation, supervision, qualification des soudeurs et des opérateurs, descriptifs de mode opératoire (DMOS / WPS), qualification de ces modes opératoires (QMOS / WPQR), contrôles, traçabilité matière, traitement des non-conformités.

C'est une norme horizontale : elle ne dit rien sur le produit fabriqué. Un atelier ISO 3834-2 peut souder indifféremment une cuve, une charpente, un châssis de machine ou un skid. La norme garantit que la discipline soudage est en place — pas que le produit final est conforme à une réglementation donnée.

ISO 3834 se décline en trois niveaux d'exigence :

  • ISO 3834-2 : exigences complètes (la plus exigeante en pratique courante).
  • ISO 3834-3 : exigences normales.
  • ISO 3834-4 : exigences élémentaires.

Le choix n'est pas libre : il est imposé par la norme produit à laquelle vous êtes soumis (voir tableau plus bas).

EN 1090 : une norme de produit (marquage CE)

EN 1090 ("Exécution des structures en acier et en aluminium") est une norme harmonisée sous le Règlement Produits de Construction (RPC, n° 305/2011). Elle est obligatoire pour mettre sur le marché européen toute structure porteuse en acier ou aluminium — charpentes, passerelles, ouvrages d'art, mais aussi tribunes, échafaudages, supports d'équipements structurels.

Le fabricant doit être certifié EN 1090-1 par un organisme notifié pour pouvoir apposer le marquage CE sur ses structures. Cette certification couvre :

  • le contrôle de production en usine (CPU / FPC),
  • la maîtrise du soudage (renvoi explicite à ISO 3834),
  • la traçabilité matière,
  • les calculs de dimensionnement ou leur vérification.

Quatre classes d'exécution (EXC1 à EXC4) sont définies en fonction de la classe de conséquence, de la catégorie de service et de la catégorie de production de la structure. Plus la classe est élevée, plus les exigences de contrôle, de traçabilité et de qualification sont strictes.

Tableau de correspondance EXC ↔ ISO 3834

Classe d'exécution EN 1090Niveau ISO 3834 requisExemples d'application
EXC1ISO 3834-4Structures secondaires non porteuses, garde-corps simples
EXC2ISO 3834-3Bâtiments courants, charpentes industrielles standards
EXC3ISO 3834-2Bâtiments recevant du public, ouvrages soumis à la fatigue
EXC4ISO 3834-2Ouvrages d'art, structures dont la défaillance a des conséquences extrêmes

Conclusion pratique : exiger EN 1090 EXC3 d'un fournisseur, c'est exiger ISO 3834-2. Les deux ne sont pas indépendantes — l'une appelle l'autre.

Ce que garantit (et ne garantit pas) chaque norme

Ce que garantit ISO 3834-2

  • Une structure de responsabilité soudage : coordinateur soudage (IWE / IWT / IWS selon les épaisseurs et matériaux), responsable contrôle, responsable production.
  • Un système documentaire : DMOS qualifiés (WPS), procès-verbaux de qualification (WPQR / PQR), certificats de qualification soudeurs (EN ISO 9606), plans de contrôle.
  • Une traçabilité matière complète (certificats matière EN 10204 type 3.1 ou 3.2 selon exigence) du lopin à l'assemblage soudé.
  • Une gestion des consommables de soudage (stockage, étuvage, lot tracé).
  • Le traitement des non-conformités documenté (réparations qualifiées, validation indépendante).
  • Une revue d'exigences systématique avant lancement (faisabilité, points critiques).

Ce que ne garantit PAS ISO 3834

  • Aucune conformité produit : la norme ne dit pas si votre cuve est apte à la pression, si votre structure tient le séisme, si votre skid alimentaire est sanitaire. Ces exigences viennent du référentiel produit (DESP, EN 1090, EHEDG, ISO 19443…).
  • Aucun marquage CE par elle-même.
  • Aucune obligation de moyens techniques : ISO 3834-2 n'impose pas un parc machine particulier ni des moyens de CND donnés. C'est une norme d'organisation.

Ce que garantit EN 1090

  • Le droit d'apposer le marquage CE sur des structures en acier ou aluminium.
  • Un système qualité produit (FPC) audité et surveillé par un organisme notifié.
  • La cohérence calcul–fabrication–contrôle sur l'ensemble du flux structure.
  • Une déclaration de performance (DoP) publiée par le fabricant, opposable.

Ce que ne garantit PAS EN 1090

  • Pas d'aptitude pour les équipements sous pression : une cuve sous pression ne se met pas sur le marché sous EN 1090. C'est la DESP 2014/68/UE qui régit la mise sur le marché (voir notre guide P265GH vs P355GH).
  • Pas d'aptitude alimentaire ou pharma : pour ces secteurs, ce sont les référentiels EHEDG, 3-A, BPE qui priment, en plus des exigences hygiène (matériaux contact alimentaire, finitions surface).
  • Pas d'aptitude nucléaire : la fabrication d'équipements pour le nucléaire civil relève de l'ISO 19443 (sous-traitants nucléaires) et des codes RCC-M / ASME III, pas d'EN 1090.

Quelle norme pour quel produit : matrice de décision

Produit fabriquéNorme produit applicableISO 3834 requisMarquage
Charpente métallique, passerelle, tribuneEN 1090-1 (EXC1 à EXC4)3834-4 à 3834-2CE EN 1090
Cuve sous pression, échangeur, réacteurDESP 2014/68/UE (cat. I à IV)3834-2CE PED (cat. II+)
Cuve alimentaire ou pharmaDESP (si pression) + EHEDG / BPE3834-2 (pratique)CE PED si applicable
Skid de filtration / processDESP + machine 2006/42/CE3834-2CE machine + CE PED
Ouvrage nucléaire civilISO 19443 + RCC-M / ASME III3834-2Spécifique exploitant
Châssis de machine, soudo-mécanique2006/42/CE (machines)3834-3 ou -2 selon criticitéCE machine
Mobilier industriel, garde-corps non porteursPas de norme produit3834-4 ou hors 3834

Cette matrice répond à une question fréquente : "mon fournisseur doit-il être EN 1090 ?". La réponse est non par défaut — uniquement s'il met sur le marché une structure porteuse au sens du RPC. Pour une cuve sous pression, exiger EN 1090 est hors-sujet ; pour une charpente, c'est obligatoire.

Comment formuler l'exigence dans votre cahier des charges

L'erreur la plus coûteuse en sourcing est la formulation "fournisseur certifié ISO 3834 et EN 1090" sans qualifier. Voici la formulation que nous recommandons à nos clients pour leurs consultations :

Pour un équipement sous pression

Le fournisseur sera certifié ISO 3834-2 par un organisme accrédité. Le produit sera mis sur le marché conforme à la DESP 2014/68/UE catégorie [II / III / IV], module d'évaluation [B+D / G / H selon stratégie]. Les soudures seront réalisées suivant des QMOS qualifiés selon EN ISO 15614-1, par des soudeurs qualifiés EN ISO 9606-1 pour les positions et matériaux concernés. Les contrôles non destructifs (CND) seront réalisés selon EN ISO 17635 avec les critères d'acceptation EN ISO 5817 niveau B.

Pour une structure porteuse

Le fournisseur sera certifié EN 1090-1 pour une classe d'exécution EXC[2 / 3 / 4], avec marquage CE. La certification ISO 3834-[3 / 2] correspondante sera fournie. La déclaration de performance (DoP) et les certificats matière EN 10204 type 3.1 seront remis avec l'équipement.

Pour de la mécano-soudure non structurelle / non sous pression

Le fournisseur sera certifié ISO 3834-3 au minimum. Les soudures critiques (liste annexée) feront l'objet de QMOS qualifiés EN ISO 15614-1. Les soudeurs intervenant sur ces soudures seront qualifiés EN ISO 9606-1. Niveau de qualité géométrique des soudures : EN ISO 5817 niveau C.

Cette précision change tout : elle permet de comparer des offres réellement équivalentes, et elle aligne le coût qualité sur le risque réel du produit. Sur une mécano-soudure de châssis, exiger EXC4 et 3834-2 quand un 3834-3 suffirait peut doubler le coût pièce sans aucun gain de fiabilité.

Les pièges récurrents en sourcing

Piège n°1 : "ISO 3834" tout court

Une certification "ISO 3834" sans partie précisée ne veut rien dire. Demandez le certificat et vérifiez la partie (-2, -3 ou -4) et la portée (matériaux et épaisseurs couverts, sites concernés).

Piège n°2 : EN 1090 sans classe d'exécution

Un fabricant certifié EN 1090-1 peut l'être uniquement pour EXC1 et EXC2. S'il vous facture un ouvrage EXC3, vérifiez que son certificat couvre EXC3. La portée du certificat est publique sur le site de l'organisme notifié.

Piège n°3 : confondre qualification soudeur et certification atelier

Un soudeur peut être EN ISO 9606-1 sans que son atelier soit ISO 3834. La qualification soudeur est individuelle et limitée dans le temps (validité 6 mois à 3 ans selon contrôle de l'employeur). La certification atelier est organisationnelle. Les deux sont nécessaires et indépendantes.

Piège n°4 : pas de QMOS = pas de soudage qualifié

Une QMOS (qualification de mode opératoire de soudage) valide qu'un procédé donné, sur un couple matériau/épaisseur donné, avec des paramètres donnés, produit une soudure conforme. Sans QMOS, aucune soudure de production n'est qualifiée, même si le soudeur l'est. Vérifiez systématiquement que les QMOS couvrent vos matériaux et épaisseurs.

Piège n°5 : organisme certificateur non accrédité

Toutes les certifications ne se valent pas. Exigez un organisme certificateur accrédité COFRAC (en France) ou équivalent EA dans l'UE. Pour EN 1090, l'organisme doit en plus être notifié auprès de la Commission européenne.

Notre lecture chez TechniSourcing

Nous sourçons pour nos clients européens dans un réseau d'ateliers de chaudronnerie et mécano-soudure en France et en Europe. Tous nos ateliers partenaires sont ISO 3834-2 au minimum ; les ateliers réalisant des cuves sous pression sont en plus habilités DESP avec QMOS qualifiés sur les nuances P265GH, P355GH, 304L, 316L. Pour les projets tribunes et structures porteuses, nous sélectionnons des partenaires certifiés EN 1090 EXC2 ou EXC3 selon les classes de conséquence.

Notre rôle d'apporteur d'affaires industriel est précisément de traduire votre besoin produit en exigences atelier qualifiées : nous reformulons votre cahier des charges si nécessaire, vérifions les portées de certification de chaque atelier, contrôlons la cohérence QMOS / matériaux / épaisseurs, et organisons les contrôles tiers (CND, recettes, dossiers fabrication) quand votre produit le justifie. C'est ce que nous appelons la méthodologie TechniSourcing.

Pour les secteurs régulés — nucléaire et énergie, offshore, aéronautique — les exigences vont au-delà d'ISO 3834 et EN 1090 : ISO 19443, EN 9100, codes RCC-M / ASME III, qualifications client spécifiques. Nous travaillons exclusivement avec des ateliers habilités sur ces référentiels lorsque le projet le requiert.

FAQ

ISO 3834-2 est-elle obligatoire ?

Non, ISO 3834 n'est obligatoire que lorsqu'une norme produit l'appelle. EN 1090, DESP, ISO 19443, EN 15085 (ferroviaire), DIN 2303 (défense) renvoient toutes à ISO 3834 avec une partie précisée. Hors de ces cadres, c'est une bonne pratique fortement recommandée mais non obligatoire.

Un fournisseur ISO 3834-2 peut-il fabriquer une cuve sous pression ?

ISO 3834-2 est une condition nécessaire mais pas suffisante. Pour mettre sur le marché une cuve sous pression au-delà des seuils d'exemption de la DESP, le fabricant doit en plus être habilité par un organisme notifié pour le module d'évaluation de conformité retenu (B+D, B+F, G, H…) et la catégorie de l'équipement (I à IV).

Combien de temps pour obtenir ISO 3834-2 ?

Pour un atelier qui part de zéro, comptez 9 à 18 mois : mise en place du système qualité soudage, recrutement ou formation d'un coordinateur soudage IWE/IWT, qualification des QMOS prioritaires, audit blanc, audit de certification. Le coût initial varie de 15 000 à 40 000 € selon la taille et le périmètre, plus le coût récurrent des audits de surveillance annuels.

EN 1090 remplace-t-elle la norme française NF P 22 ?

Oui. Depuis le 1er juillet 2014, le marquage CE EN 1090 est obligatoire pour toute structure en acier ou aluminium mise sur le marché européen. Les anciens référentiels nationaux (NF P 22-470, DTU 32.1…) ne suffisent plus pour la mise sur le marché.

Que choisir entre ISO 3834-3 et ISO 3834-2 ?

Si votre produit relève d'EN 1090 EXC3 ou EXC4, ou de la DESP, vous n'avez pas le choix : c'est ISO 3834-2. Sinon, ISO 3834-3 suffit pour de la mécano-soudure courante non critique. Le surcoût opérationnel entre -3 et -2 est principalement lié au niveau du coordinateur soudage (IWE pour -2 vs IWT/IWS pour -3) et à la profondeur de la traçabilité documentaire.

Conclusion

ISO 3834 et EN 1090 ne sont pas interchangeables : l'une certifie un process, l'autre certifie un fabricant de structures. Bien les distinguer et les articuler avec votre référentiel produit (DESP, machines, ISO 19443, EHEDG…) est la condition pour acheter juste — ni trop, ni trop peu. Une exigence qualité bien calibrée, c'est 30 à 50 % de coût qualité évité sur des pièces dont le risque ne justifie pas EXC3 ou 3834-2, et zéro mauvaise surprise sur les pièces critiques où la marge d'erreur est nulle.

Vous préparez une consultation chaudronnerie ou mécano-soudure et vous voulez vous assurer que vos exigences qualité sont calibrées au juste niveau de risque ? Contactez-nous : nous relisons votre cahier des charges, identifions les exigences sur- ou sous-dimensionnées, et vous proposons des ateliers dont les certifications correspondent exactement à votre besoin produit.

Pourquoi faire confiance à TechniSourcing

Nos contenus s'appuient sur l'expérience opérationnelle de nos équipes et sur les normes en vigueur dans la sous-traitance industrielle européenne.

Expertise sectorielle

Chaudronnerie, mécano-soudure, ensembles complexes : 10+ ans d'audits fournisseurs en Europe.

Normes & certifications

ISO 3834, EN 1090, contrôles Bureau Veritas — référentiels appliqués au quotidien.

Auteurs identifiés

Articles signés par François Huet (CEO) ou Arthur Freschel (Ingénieur projet).

Questions fréquentes

À découvrir sur TechniSourcing
À propos de l'auteur
Arthur Freschel
Ingénieur Projet, TechniSourcing
LinkedIn

Arthur pilote des projets de sous-traitance industrielle pour des grands comptes (Airbus, Areva, Michelin, Nestlé). Ingénieur de formation, il maîtrise les exigences techniques des cahiers des charges complexes : tolérances, soudage codifié, traitements de surface, contrôles non destructifs et certifications (ISO 3834, EN 1090, Bureau Veritas). Il partage ici les bonnes pratiques terrain pour réussir vos appels d'offres.

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